biographies·musique

Sixto Rodriguez

  Né en 1942 aux États-Unis, Sixto tient son prénom du fait qu’il soit le 6ème enfant de la fratrie. Il a grandi dans le Michigan et passe sa jeunesse à l’heure où la planète s’accorde au mouvement hippie. Quand « peace and love » est une philosophie autant qu’un art de vivre, quand Woodstock devient l’unificateur de millions de personnes, Sixto Rodriguez, inspiré de son père joueur de blues, prend une guitare et apprend à faire danser ses doigts sur les cordes. Il joue, il compose, il chante.

  Le destin se dessine et le jeune musicien entame une carrière de compositeur-interprète. Il fera deux albums et certaines des plus jolies ballades de la folk américaine des années 70 comme Sugar Man (1972) ou I wonder (1972). Mais connaissez-vous ces chansons ? C’est fort peu probable en fait…

  La carrière de Sixto s’arrête soudainement tant ses deux disques sont des flops commerciaux. Il se fait remercier. Encore moins qu’un personnage, il devient anonyme : Sixto l’Oublié. Mais c’est aussi là que l’aventure extraordinaire commence :

  Ce que Sixto ne sait pas, ce que personne ne sait, c’est qu’un de ses disques a franchi les frontières jusqu’en Afrique du Sud et là, la musique folk de l’artiste est appréciée. A l’insu du musicien, ses titres font le tour de la pointe sud-africaine et ses disques sont disque d’or et de platine durant les deux décennies suivantes. Au milieu des années 90, le titre The Establishment Blues (1970) devient l’hymne d’un mouvement qui va bouleverser le monde entier : la lutte contre l’apartheid.

  Un nouvel engouement se créé et les ballades de Sixto vivent une nouvelle jeunesse.

  C’est en 1996 que la fille du chanteur tombe par hasard sur un blog en l’honneur de son père… Quelle surprise ! Il est cru mort (suicidé sur scène) et est un mythe en Afrique du Sud. Les liens se font, les choses se remettent en route et dès la fin des années 90, Sixto Rodriguez assume des tournées à guichet fermé et noue enfin avec le succès tant attendu 25 ans plus tôt.

  En 2012, c’est le succès international grâce au documentaire oscarisé Sugar Man. Il apparaît au festival du film Sundance et présente la quête du disquaire Stephen Segerman et de son ami pour retrouver le chanteur perdu. Échantillon de témoignages d’amis et connaissances, le film dévoile essentiellement la censure par l’apartheid et le succès de l’artiste en Afrique du Sud. La bande originale du film joue beaucoup pour le renouveau du succès du guitariste et grâce à l’air internet, il se fait connaître et redécouvrir. Sixto Rodriguez est alors internationalement connu et fait des tournées à travers le monde.

  Oui, mais…

  C’est un septuagénaire complètement déconnecté du monde et du business. Physiquement marqué par sa vie d’ouvrier dans le bâtiment, une carrure de presque jeune homme, l’artiste tangue, ravagé par la vie, ravagé par l’alcool. Il ne maîtrise rien, semble plus têtu qu’une bourrique et lutte pour monter dans les aigus. Les musiciens qui l’accompagnent font un véritable chemin de croix pour le suivre et le public l’encourage comme il peut. Reconnaissant et humble, Sixto Rodriguez a-t-il conscience d’être à côté de la plaque dans sa propre musique ? Il n’est probablement plus qu’une icône figurative mais qui fût néanmoins talentueuse. Il vit son succès, la reconnaissance tant espérée et il aurait certainement tort de se priver. Il la mérite probablement. Mais n’est-il pas injustement trop tard ? Donne-t-on du sens au talent passé, à la reconnaissance méritée ou justifie-t-on l’appât du gain ?

  Réjouissons-nous qu’à l’heure de la technologie, il soit aisé pour chacun d’entre nous d’aller chercher ce qu’il nous plaît, de contribuer à ne pas se contenter de ce qu’il est facile d’approcher et d’apprivoiser.

  Conte moderne et à (presque) tendance morale, l’histoire de cet homme résume les ficelles d’un commerce, de la machination marketing. Si les pires moments de musique peuvent devenir de grands moments de musique, cet artiste en est la digne représentation et il n’en reste pas moins que Rodriguez devient la renaissance d’un genre, le spectre d’une époque révolue… ah oui ?

 Albums :

1970 : Cold Fact (Sussex, Light In The Attic, Blue Goose/RCA, A&M Records)

1971 : Coming from Reality (Sussex, Light in the Attic, Blue Goose/RCA, A&M Records)

                                                        Olwen R.searching-for-sugar-man

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