humeur

49.3 : ci gît la voix du peuple

Mais d’où vient le coup de gueule d’aujourd’hui ? Mais de là où il est latent depuis quelques lustres pardi ! Une Loi Travail rejetée par les citoyens, un 49.3 qui révolte.

Les prises de position politique sont toujours compliquées mais là, plus que d’opinion, c’est sur la démarche « démocratique » que je m’insurge (et un peu beaucoup contre l’indolence qui prédomine).

Ce n’est pas le premier 49.3 que la Ve République impose. Force serait de constater que ce n’est très probablement pas le dernier non plus. Mais on n’a pas envie de se faire une raison (du moins j’espère que vous non plus) même si on peut lui accorder un intérêt démocratique (il n’a pas été pondu pour rien non plus).

Parce que cette loi El Khomri, « Loi Travail », depuis le jour même de son annonce, génère débats et prises de position fortes, on lui reconnaîtra le mérite d’avoir réveillé une conscience que je pensais presque perdue.

Manifestations et débats : une habitude française

À l’heure où les réseaux sociaux se font rassembleurs et fédérateurs, j’étais un peu ahurie de constater que les mouvements se faisaient presque absents de la vie politique française depuis 2006 (environ). Pourtant, il s’en est passé quelques saloperies depuis une dizaine d’années. Mais depuis le CPE (Contrat Premier Emploi) qui avait mobilisé tellement d’étudiants, de syndicats, de salariés bref de Français et que Sarkozy avait tout bonnement ignorés, les Français (nous) s’étaient certainement résignés. Mais on ne peut pas justifier cette résignation, pour une simple et bonne raison : tous les acquis sociaux, tous les droits préservés et obtenus se sont faits à la force du débat et de la contestation. Depuis toujours, depuis que l’homme se bat pour une vie meilleure. N’en déplaise à ceux qui pensent que les Français ne veulent pas évoluer ou qu’ils sont « allergiques » au terme même de réforme. Ils ne sont simplement pas complètement fous et préfèrent prendre le temps du débat. Celui qui  permet de comprendre tous les points de vue, qui permet d’aménager, de concilier, de satisfaire le plus grand nombre possible.

Aujourd’hui et parce que, contrairement à ce que le gouvernement essaye de transmettre comme message, cette Loi Travail est un recul social à plusieurs degrés, un sursaut est né en France. Ca fait un peu grandiloquent dit comme ça. Mais ce qui s’apparentait à de l’apathie ces dernières années (ex : directive sur le secret des affaires, Panama Papers etc.) semble avoir été rompue avec ce projet de loi. Loin de mobiliser la France entière et de trouver des opposants à tous les coins de rue, la discussion semble légèrement étouffée dans l’œuf par la minimisation que font les médias et le gouvernement de la parole des détracteurs. Pourtant, on ne peut que saluer l’initiative de Nuit Debout qui propose une alternative un peu déstructurée (certes) mais qui, au moins, s’apolitise et en fait même une revendication. Après tout, et si c’était par là qu’on pouvait commencer à arrêter d’être pris pour des idiots ? Oui, parce que supposer que le gouvernement nous prend seulement pour des vaches à lait me semble léger, mais qu’il nous prend très fortement pour des abrutis, c’est certain. Mais le genre d’abruti complexé face à l’Élite et qui se laissera marcher sur les pieds. Ils ont peut-être vu leurs estimations d’indolence un chouïa trop tôt dans leur programme d’abrutissement des masses. Auraient-ils donc sous-estimés leurs « électeurs » ? Ca y ressemblerait bien.

Pas de débat, pas de démocratie

Je ne veux pas que ce pays se résigne parce qu’il n’a jamais eu un réel choix électoral et qu’il se fait maintenant profondément e*****r (roooo c’est pas joli) par des élus dont le sens moral et leur rapport avec la réalité sont quelque peu soumis au doute. Valls, n’est pas Premier Ministre par le choix des électeurs. Ben non. Hollande nous l’a posé là essentiellement pour être le porte-parole de valeurs qui ne sont pas celles que lui-même a défendues pendant sa campagne présidentielle mais qui sont bien celles qui le composent : l’argent, l’égocentrisme, le pouvoir. Ca, c’est le politicien de base. Un mec complètement à côté de ses pompes (ou surtout à côté de celles des citoyens) et à l’ego surdimensionné (mais qui gouverne, hein).

Alors bon, la grande question c’est : comment faire comprendre qu’au-delà  du texte de loi et des désaccords qui l’entourent, le simple fait d’user du 49.3 comme d’un ordre impérial se fait l’écho d’une couille dans le potage dans notre jolie démocraaaaargh-tie ?

Ce qui m’a poussé à écrire ce billet, c’est quelques messages échangés hier. (Pour le contexte, c’est la trentaine VS la soixantaine).

« La France et ses politiciens me dépriment.

  • Mheu non. Fait comme nous. Maintenant on s’en tape.
  • Ouais, à la différence près que j’ai 40 ans de carrière à faire avec ce genre de décisions politiques. Tout de suite, ça me semble plus concret.
  • C’est pas faux. »

Et celui qui me disait ça a contribué à éveiller ma conscience politique et ma conscience de la justice, des droits fondamentaux et du respect de l’autre. Je veux dire, il a quand même fait son taf avant ça. Avant quoi ? Avant la lassitude. À quel moment, la résignation s’est-elle faite si forte qu’on en oublie que c’est pour la collectivité qu’on se bat ? Pour ses enfants, pour ses petits-enfants ? Pour soi aussi ? À quel moment est-il devenu normal de se moquer des conséquences du « laisser-faire » ? Je n’ai pas de réponse. Mais c’est une partie du nœud du problème. On a trop laissé faire ces dix dernières années.

La France, réputée pour son côté contestataire et râleur (et c’est très vrai), n’est, finalement, plus. L’ennui, c’est que ceux qui trouvent que les Français ne sont jamais contents oublient que c’est la protestation et le débat qui préservent autant qu’ils font avancer (socialement, juridiquement, intellectuellement). Contrairement aux apparences, les Français ne rejettent pas la nouveauté. Ils s’en méfient et souvent à juste titre. Et parce que proposer une loi comme la Loi Travail ne peut se faire sans une réforme complète du système. Imaginez seulement le type qui n’aura jamais de CDI ou le licenciement qui lui pend au nez, à quel moment les banques lui accorderont un crédit (par exemple). Et ça, ça doit redonner du pouvoir d’achat, de l’emploi et la confiance ?? Allons… on sait bien que là où les entreprises ont des intérêts (ET SURTOUT leurs actionnaires), il n’y en a pour personne d’autres. Ce n’est pas tellement la sécurité de l’emploi qu’il faut réformer, sécurité qui se trouve être le seul garde-fou contre un rejet des autres institutions, mais quelque chose de plus fondamental : la gourmandise du profit, le pognon, quoi (celui qu’on n’a pas et qu’on ne risque pas d’avoir, nous, visiblement).

Caricature du Français :

Il y a peu de temps, un jeune Anglais (c’est important qu’il soit jeune) me répétait cette caricature du Français « toujours dans la rue ». C’est un fait (si, si… il y a quelques années de ça, les rues étaient pas mal occupées). Il pensait que le Français était payé quand il était avec ses banderoles. Oui mais… non. La grève est un acte assumé qui a des conséquences sur le salaire. Un acte citoyen peut-être ? Je lui explique et lui demande pourquoi les Anglais manifestent si peu (et ils auraient bien de quoi pourtant). Il me répond qu’ils ne peuvent pas… qu’ils se feraient licencier rapidement si l’envie leur prenait de réclamer quelque chose.

Voilà.

Voilà où le « laisser-faire » conduit. À la muselière ou même à l’auto-censure.

Voilà pourquoi les Français doivent assumer leur erreur de ne pas s’être investis ces dix dernières années et voilà pourquoi des mouvements comme Nuit Debout sont salutaires, ne serait-ce que parce qu’ils ouvrent le débat.

Mais on tombe aujourd’hui dans une autre caricature, autrement plus dangereuse parce qu’elle peut aussi s’assimiler à de la manipulation. Le Français râle, bon… ok. Le manifestant casse… bon… bah non ! Les médias aidants, on relate des faits de violence extrême, des scènes de guerre (si, si, sûrement les mêmes que celles du 13 novembre avec du sang partout, des kalach et toussa toussa). Hors ironie, on oublie quand même de préciser que : d’une part, la violence policière ne fait qu’attiser la colère et qu’en prime, dans le cas des manifestations contre la Loi Travail, les cibles de dégradations ont quand même quelque chose de très commun : les banques, les mairies, les institutions… ça ressemble vachement plus à un message politique qu’à de l’anarchie (et encore, là aussi redonner une définition juste de l’anarchie ne ferait pas de mal). Je ne cautionne pas, je ne condamne pas. J’essaye de comprendre. Et ce qui me vient à l’esprit, c’est que face à un mur, pour ouvrir une brèche, on cogne. Plus fort si le mur est plus dur. Métaphore un peu pourrie mais qui s’applique plutôt pas mal, présentement. Bon, Valls dirait (et c’est vraiment un amalgame très dangereux) que vouloir expliquer c’est vouloir excuser. Grotesque raccourci qui ne peut qu’engendrer la haine et le mépris. Diviser pour mieux régner avez-vous dit ?

Le 49.3, c’est la négation de tout ça. C’est le déni d’une voix qui se fait entendre. Ce n’est ni plus ni moins que le mépris de ceux qui ont voté pour des politiciens… par défaut plus que par conviction la plupart du temps. Et c’est un fait… au lieu d’alternative, le monde politique nous offre tout au plus une vague alternance (gauche, droite, gauche etc.). Et nous ? bah on ne s’en contente pas… mais on ne réagit pas non plus. Forcément, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres, hein… qui mieux que les politiciens sait faire parler des chiffres comme ça l’arrange ? Si au moins, ils n’avaient pas la mauvaise foi de ne pas reconnaître le vote blanc. Si seulement… (c’est peut-être même l’acte anti-démocratique le plus fou).

L’histoire comique, c’est que cet article de la constitution est utile pour la démocratie en fait. Ben oui, quand le gouvernement n’est pas du bord du Président par exemple. Sauf que maintenant, c’est surtout devenu un outil de force parce que le peuple, qui s’en carre ?Rappelons quand même que le 49.3 est critiqué par tous quand il sert l’opposition, par exemple avec cet extrait devenu célèbre (merci François Hollande d’avoir été un politicien qui a pris position au moins une fois). Alors de qui se moque-t-on ? Jusqu’où serons-nous assez amorphes pour laisser nos gouvernants faire preuve d’hypocrisie et de démagogie ?

Et juste pour le plaisir d’écouter la considération de « nos » députés pour nous, merci Guillaume Meurice pour ce moment qui fait rire jaune (très jaune).

Il paraîtrait qu’en 1789, la Révolution aurait servi à abolir les privilèges. Tous égaux. Et qu’a-t-on fait du chef ? Après un procès sommaire, on l’a décapité (lui et toute une clique de nantis)… J’dis ça, j’dis rien…

Olwen R.

PS : aujourd’hui les motions de censure sont rejetées. À deux voix près pour la gauche et pour la droite… boaf. Aucun des camps dans sa globalité ne vaut mieux que l’autre. D’ailleurs, qui avait pris la peine de se pointer pour voter ? Bah… y aura bien un 49.3 pour les protéger de toute façon.

 ET là, c’est la mini playlist Youtube de l’article, abonne-toi ! (et révolte-toi aussi !!)

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s