humeur

Je suis féministe ! Mais pourquoi je te le dis ?

Aujourd’hui 8 mars, c’est la journée de la femme. Non, DES femmes. Non… C’est la journée de lutte pour le droit des femmes. Bordel de b***. My Little Univers ne vénèrera pas la Femme aujourd’hui spécifiquement mais va dire pourquoi c’est bien d’affirmer la conscience que l’égalité n’est pas encore là. Parce que, que tu le veuilles ou non, y a des choses à dire.

Féministe, pourquoi le dire ?

Je reconnais que pendant longtemps (l’adolescence en gros), la question du féminisme ne se posait pas vraiment. Typiquement, ma mère est une femme de caractère et mes deux sœurs sont des femmes de caractère du genre « à prendre ou à laisser ». Ça me paraissait donc évident que c’était facile d’être une femme de caractère. Première erreur.

Ensuite, je me suis dit que si j’avais cette conscience, c’était une bonne chose et que c’était suffisant. Dire les choses, quoi. Deuxième erreur.

J’aurais pu laisser cette journée sans rien écrire. Vraiment. Parler du féminisme, c’est toujours un peu délicat. Déjà parce que j’ai pas envie de me voir retourner pléthore de clichés grotesques et tous aussi faux les uns que les autres et ensuite parce que quand je vois le climat intellectuel actuel, j’ai la trouille de découvrir qu’il se pourrait que dans mon entourage, la révolte ne gronde pas comme chez moi.

Et puis il y a eu lui : Janusz Korwin-Mikke. Une vraie pépite de connerie. Il y a quelques jours, cet euro-député polonais (et donc en principe un homme instruit (en PRINCIPE)) a très naturellement déclaré « Bien sûr qu’elles (les femmes) doivent gagner moins que les hommes, parce qu’elles sont plus faibles, plus petites et moins intelligentes, c’est tout. » Note bien le « c’est tout », genre y a même pas matière à discussion. Raisonnement implacable selon lui. Là tout de suite, je me suis dit « merde… pas étonnant que les Polonais aient passé leur automne à empêcher de perdre un droit » : celui de l’avortement. En une phrase, cet homme a résumé le sexisme ordinaire et est devenu l’emblème de la misogynie. C’est à se demander si ce n’est pas une blague.

Mais ce n’est pas qu’en Pologne, hein. C’est partout dans le monde. Avant lui, j’ai eu peur de Trump, j’ai eu peur de Marion Maréchal Le Pen, j’ai eu peur de la société qui perd plus que la boule, elle perd le sens des libertés fondamentales dont celle de disposer de son corps. J’ai eu peur de la dernière loi sur les violences conjugales votée en Russie, j’ai eu peur de la généralisation du viol en Inde, j’ai eu peur que personne ne s’indigne de toutes ces femmes qui restent coincées dans des sociétés archaïques où naître femme est encore perçu comme un problème. La poisse, quoi.

Femmes et pavés

Droits des femmes, ce qui n’est pas utile de rappeler :

Je ne rédige pas ce billet pour rappeler que les femmes sont toujours (en moyenne) payées moins que les hommes à compétences et travail égaux. Il n’est pas fait non plus pour rappeler que le droit d’avorter n’a que 42 ans en France, celui d’ouvrir un compte bancaire sans la permission de personne date de 1965. Le divorce par consentement mutuel n’existe officiellement que depuis 1975 et l’autorité parentale plutôt que l’autorité paternelle depuis 1970. Voilà. Mais ça, ça ne prend pas en compte ce que cet article n’est pas là pour rappeler non plus, à savoir que depuis que les femmes obtiennent ces droits, ces reconnaissances, petit bout par petit bout, elles doivent mener un combat de taille en parallèle : celui du sexisme ordinaire. Genre se faire siffler dans la rue (ou même juste accoster), se faire confier moins de responsabilités professionnelles, devoir assumer (ou pas justement), celui de la bonne mère, l’image de la fragilité, de la superficialité, de la perfection physique, j’en passe et des meilleures. Mes mots ne sont pas là non plus pour dire que le féminisme ce n’est pas se laisser pousser les poils sous les bras, brûler des soutiens-gorge et se faire un devoir d’être supérieure aux hommes. Bah non. Le féminisme, c’est savoir que la femme est l’égale de l’homme. Point barre. En tant que femme, c’est s’identifier comme tel, reconnaître son intégrité et la revendiquer. Être soi-même, quoi. Si tu t’en fous d’aller voter, ne va pas voter. Si tu t’en fous de porter des mini-jupes, porte des mini-jupes. Le tout c’est d’avoir conscience que ces choix sont à assumer en tant que ce qu’ils sont : des libertés.

Mon féminisme, mon quotidien

J’ai de la chance, je suis amoureuse d’un féministe. On n’en a jamais parlé mais je le sais. Je le sais parce qu’il me demande de descendre les poubelles et c’est lui qui fait le ménage. Je le sais parce que quand je râle parce que j’ai eu droit à un gros lourd dans le métro, il est le premier à me demander comment je l’ai envoyé chier. Je le sais aussi parce que quand il aime ce que je porte, il me le dit et quand il n’aime pas, il ne le dit pas. Je le sais parce qu’il ne me demande pas de répondre à des clichés pour lui plaire, je lui plais comme je suis (sans maquillage, sans talon, sans gros seins etc.). Ça n’a l’air de rien, mais en fait c’est beaucoup. Ça veut dire que dans mon intimité, la nôtre aussi, je n’ai pas le poids de l’image médiatique de la féminité qui vient s’imposer. Tout est mon choix. Je le souligne parce que cette image de la femme faible, belle et fragile, c’est le sexisme ordinaire qui me hérisse. Celui qui transparaît dans tous les rapports sociaux ou dans toute communication de masse et qu’on laisse couler comme si de rien n’était.

Mon monde à moi c’est celui-là : évoluer dans une sphère teintée de sexisme mais m’en défaire toujours un peu plus (parce qu’en fait, ce n’est pas si simple quand on est conditionnée). Mais le féminisme a des ramifications, des combats… S’il paraît que dans le monde occidental la femme « n’est pas si mal traitée que ça », je voudrais quand même bien qu’on se rende compte que ce bout de phrase révèle à lui seul l’ampleur de l’arnaque. Je parle d’arnaque parce que je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’il n’est pas impossible que ces droits (le compte bancaire, le travail etc.) soient nés non pas de la lutte mais du simple bon vouloir de la société de consommation (et donc de ceux qui en tirent les ficelles). Ben oui, c’est quand même plus facile d’ouvrir tout un marché destiné aux femmes si elles ont les moyens d’y répondre. Gné ! Je refuse d’être anesthésiée par le consumérisme (mode, maquillage, cinéma etc.) au détriment de la conscience des inégalités chez moi mais aussi dans le monde. Je refuse de ne pas me revendiquer féministe parce qu’ici j’ai encore le droit de dire « va te faire foutre » au connard qui n’a pas compris qu’on ne parle pas aux gens comme ça. Je refuse de ne pas me revendiquer féministe parce que pour le moment j’ai encore le droit d’avorter si je le souhaite. Je refuse de ne pas me revendiquer féministe parce que je sais que la condition des femmes est bien plus préoccupante dans d’autres parties du monde. Ce féminisme, celui du monde, commence par le mien, le tien, le nôtre.

Féminisme, et ma main dans ta gueule ?

La vérité c’est que j’aimerais bien qu’à force de leur marcher dessus, les connards misogynes se prennent les femmes dans la gueule mais que je suis lucide, ça a peu de chance d’arriver. Et c’est peut-être ça qui me révolte le plus. Je ne m’explique pas pourquoi nous voyons revivre un climat réactionnaire (qui n’a peut-être jamais vraiment disparu). Pourquoi nous continuons de baigner dans un système où la parité doit être légalisée pour exister. Que ce soit de la volonté des femmes (de rester où elles sont) ou de celles des hommes (de les garder où elles sont), je ne comprends pas comment chacun peut légitimer cet état de faits.

À commencer par cette journée, tiens. C’est vrai quoi… c’est bien de concentrer le marketing, la communication, la politique en faveur des droits des femmes sur une journée. Mais faudrait voir à ne pas perdre de vue les dérives. Par exemple, aujourd’hui, une marque propose une culotte gratuite pour l’achat d’un soutif. T’es contente, hein ?! ou bien mieux, tu peux payer ce soutif avec une carte bleue rose (une carte rose, quoi). Si, si j’te jure. Voilà. D’un sentiment d’injustice mondiale, on est passé à l’abrutissement par le marketing. Et c’est pour ça que les raclures de bidet misogynes (hommes et femmes confondus) ne se prendront jamais les femmes dans la tronche. S’il suffit de distraire pour éviter la révolte, alors plus que féministe, c’est anti-débilité qu’il faudrait être.

Alors quoi ? Alors je garde un pavé dans ma poche. Au cas où… pour balancer entre les petits cœurs, les promo shopping du jour et les phrases de Wonder Woman écrites en rose.

Olwen R.

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